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Un colloque dédié aux victimes du génocide des Tutsi du Rwanda

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Un colloque dédié aux victimes du génocide des Tutsi du Rwanda

Samedi 16 mai, la cellule locale d’Ibuka (1) France Chalette organisait un colloque dédié aux victimes du génocide des Tutsi au Rwanda dont le thème portait sur la mémoire des rescapés et des témoins. Organisé dans le cadre de la 20ième commémoration du génocide, l’objectif recherché est à terme, à travers diverses initiatives et manifestations, de permettre que cette mémoire se perpétue au fil des générations grâce aux programmes scolaires, au témoignage de rescapés ou de témoins présents sur les lieux en 1994, et aux études de chercheurs qui travaillent sur les faits.

Pour animer cette après-midi qui se déroulait à la Maison de quartier de la Pontonnerie, l’association avait invité plusieurs personnalités :

-  Marcel Kabanda, président national de l’association Ibuka

-  Annie Faure(2) Docteur pneumologue et écrivaine, représentante en France de trois femmes Tutsies qui accusent des militaires français de les avoir violées en 1994

-  Hélène Dumas, chercheur, Docteur en Histoire à l’EHESS (école des hautes études en sciences sociales)

-  Solange Icyitegetse, rescapée

En préambule aux diverses interventions, Franck Demaumont, Maire de Chalette a tenu à prononcer quelques mots. Les premiers ont été pour saluer les différents invités. Rappelant ensuite l’inauguration de la stèle l’an dernier, il souligné que celle-ci a pu voir le jour grâce au travail réalisé avec les associations et les citoyens mais surtout grâce à la pugnacité et au dévouement de Bernard et Espérance Patureau, qui tenaient énormément à ce projet et on comprend pourquoi. Il devait d’ailleurs souligner combien les témoignages des deux rescapés qui y avait pris la parole alors, avaient ému l’assistance. Le maire devait poursuivre en se félicitant de la décision récente du gouvernement de déclasser certains documents et en affirmant le total soutien de la ville aux différentes initiatives d’Ibuka pour aider les rescapés à se reconstruire et à continuer le travail de mémoire ; car comme il le soulignait « oublier c’est tuer une deuxième fois ».

L’après-midi s’est ensuite poursuivi par différentes interventions :

-  Celle de Marcel Kabanda qui est intervenu sur le négationnisme qui pour lui revient à nier l’existence des survivants, de ne pas être capable de se mettre à la place d’autrui, d’empathie. Pour le président de l’association Ibuka, le négationnisme en France s’explique par les relations de celle-ci avec le Rwanda qui remontent au Général De Gaulle (1963). Il devait rappeler également que François Mitterand en son temps, a soutenu le gouvernement Rwandais contre la rébellion, lequel en a profité pour diviser le pays et installer la répression. Le gouvernement français d’alors n’a rien dit et n’a rien fait pour stopper cette dérive qui a mené au génocide. La difficulté de reconnaître le génocide vient du fait que le reconnaître serait « avouer » que l’on savait et qu’on a rien fait pour éviter ce massacre. De plus certains génocidaires vivent en France, quelques-uns dans le Loiret et ne sont pas inquiétés. Enfin revenant sur la décision du gouvernement français de déclasser certains documents, il précise, bien qu’il ne puisse que s’en féliciter, que pour le moment ceux-ci ne sont hélas pas accessibles car il y a nécessité que d’autres ministères déclassent également leurs dossiers. De plus une dérogation est nécessaire. Toutefois, il existe des choses connues. Il a donc insisté sur le besoin d’une prise position claire du gouvernement français pour pouvoir réaliser un véritable travail de mémoire, de deuil et pour que les rescapés puissent se reconstruire.

-  Celle d’Annie Faure qui était présente au Rwanda en 1994 avec Médecins du Monde. Ce docteur qui a sauvé des vies lors de ce massacre a évoqué brièvement son vécu mais surtout le combat qu’elle mène aujourd’hui et les difficultés qu’elle rencontre avec la justice pour faire aboutir des plaintes de femmes tutsies violées par des soldats français de l’opération turquoise. Aujourd’hui six femmes ont porté plainte, les dernières datent d’avril 2014. En aparté elle avoue combien il lui est difficile encore aujourd’hui de retourner sur les lieux de cette barbarie car pour elle ce pays est synonyme de sang, de mutilations ; le traumatisme est encore bien présent…. On mesure alors combien doit être la douleur et les difficultés des rescapés à se reconstruire.

-  Celle d’Hélène Dumas qui a insisté sur le fait qu’un des meilleurs moyens de lutter contre le négationnisme est de laisser une place au génocide des Tutsi dans l’enseignement et la recherche. Elle devait préciser que cela était encore difficile dans ce domaine des sciences sociales d’autant que ce génocide mêle plusieurs secteurs tels que l’histoire, l’anthropologie, le genre… Le génocide des Tutsi est effectivement différent des autres. Les tutsi n’ont pas été déportés mais transportés dans leur quotidien. Aujourd’hui le travail porte sur les singularités de ce génocide, une jeune recherche est en train de naître, c’est important car elle servira à l’enseignement du secondaire. Le monde de la recherche avance. Pour ce docteur en Histoire cela est très important qu’il y ait une masse critique de chercheurs.

La phase des interventions s’est terminée par celle de Solange Icyitegetse rescapée de l’enfer, qui témoignait pour la première fois en public. Un moment émouvant pour le public (un lourd silence a envahi la salle) et un moment visiblement difficile et courageux pour cette jeune femme que de se replonger dans l’indicible pour témoigner. Au moment des faits, Solange avait neuf ans. Pendant une demi-heure elle a évoqué dans sa langue (la traduction était assurée par Espérance Patureau), les yeux souvent embués de larmes et son récit ponctué par des silences qui en disaient long, ces jours abominables. Avec une voix douce, Solange a raconté (quelquefois fait comprendre sans dire véritablement les choses) avec des mots pudiques la disparition de sa famille, comment elle a échappé à ses tortionnaires, ce qu’elle a subi, enduré, comment elle s’est cachée dans les champs de maïs et de sorgho et comment elle a fini par être emmenée à l’hôpital par des soldats du FPR. Blessée, atteinte du VIH et placée dans un orphelinat elle a pu commencer à « revivre » grâce à la réalisatrice Anne Lainé qui lui a acheté des médicaments et l’a amenée avec elle en France en 2001 ; Solange a joué dans le film « un cri d’un silence inouï ».

Aujourd’hui, Solange, à l’instar de ses compatriotes rescapés, se reconstruit peu à peu et malgré la difficulté apporte son témoignage pour que perdure à travers les générations la mémoire et pour que de tels barbarismes ne puissent jamais se reproduire…

Durant l’après-midi, les participants ont pu consulter deux expositions et faire dédicacer les livres des différents invités.

En marge de ce colloque une cérémonie d’hommage aux victimes du génocide s’est déroulée le dimanche 17 mai au jardin du souvenir et de la paix à Vésines, en présence de Christine Lander, maire adjointe de la ville et Marcel Kabanda, président d’Ibuka national. Après un bref historique de la stèle et du lieu dans lequel elle se situe présenté par Bernard Patureau, un émouvant hommage a été rendu aux victimes par Christine Lander et Marcel Kabanda. La cérémonie s’est poursuivie par un pique-nique citoyen et solidaire au lac de Chalette.

(1) Ibuka signifie en Kinyarwanda Souviens-toi

(2) Auteur de « Blessures d’humanitaire » et co rapporteuse des plaintes pour crime contre l’humanité des victimes Tutsi des soldats Turquoise

IBUKA Chalette

-  Créée en 2004

-  17 mai 2014 : inauguration du monument dédié aux victimes du génocide au jardin du souvenir et de la Paix (Vésines).

-  Siège social : Maison des associations – 32 rue Claude- Debussy à Chalette -  02.38.98.14.55

Portfolio

Solange à gauche et Espérance Marcel Kabanda, historien et Président d'Ibuka France Au micro, Christine Lander, maire Adjointe de Chalette

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intervention de Solange
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Intervention d’Hélène Dumas
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Intervention du Maire
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